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Notre moulin 

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L'occupation humaine, ainsi qu'en témoignent les objets préhistoriques, gallo-romains et mérovingiens découverts sur son territoire, est très ancienne à Chars.

Il est bien difficile en revanche de savoir à quelle époque les moulins y ont été construits. Toujours est-il qu'au XIIIè siècle, trois moulins à blé étaient déjà en place, tous seigneuriaux. Celui de Noisement et celui dit "de la ville" ou moulin Fossart dépendaient du seigneur de Chars. Le troisième, celui de Noisement, appartenait au seigneur de Neuilly en Vexin. En l'an IX, le moulin de Noisement couvre avec ses bâtiments et jardin 8 ares, 16 centiares, et ses terres 14 hectares, 66 ares, 89 centiares.

Mais il n'est pas impossible qu'un quatrième moulin ait été dès cette époque présent à Noisement : un moulin "à drap et huile" y est attesté plus tardivement. Le terrier de 1502 conservé à Versailles fait en tout état de cause mention de terre "entre le moulin de Noisement et le moulin à drap" et contient l'aveu de Clément Nicolle "foulon demeurant à Chars, pour une maison, moulin à drap et à huile".

En 1216, Jean de Gisors, seigneur de Chars, cédait à l'abbaye de Saint-Denis trois pains de froment à prendre au moulin de Noisement.

Dès le XIIè siècle, le moulin à blé semble établi dans tous les lieux géographiquement possibles. Lié à la production des farines, il joue un rôle essentiel dans la vie d'une population dont le pain est l'aliment de base.

L'alimentation des Vexinois, comme celle des autres Français, fut jusqu'à une époque récente basée sur le pain. Le meunier était donc un personnage important, d'autant que tous les moulins appartenant à des seigneurs, ceux-ci jouissaient du droit dit de banalités qui obligeait leurs sujets à y faire moudre leurs grains.

C'est ainsi que jusqu'à la Révolution, les habitants de Barcagny, du Bellay, de Noisement et de la Grippière relevaient du moulin de Noisement. Chaque moulin avait donc une aire d'influence rigoureuse déterminée et il n'était pas question d'y déroger.

Le service rendu n'était pas gratuit : chaque habitant payait au meunier un droit de mouture, fixé dans nos trois moulins à 4 pichets par setier de grain moulu.

Le meunier de Noisement avait l'obligation, dans son bail de 1685, de moudre "jusqu'à la perfection" les blés et grains qui lui seraient confiés.

Les baux comportaient donc, pour le meunier, des droits et des obligations. Le droit le plus important était le droit de mouture, assorti de celui de "chasser les moulées, bleds et grains", c'est-à-dire de collecter les grains dans des secteurs géographiques autres que le sien. Parfois des privilèges accompagnaient le bail : le meunier devait contrôler toute la mécanique du moulin, désignée sous le nom de "tournants, travaillants et ustensiles" dont l'estimation, ou prisée, devait être faite à chaque changement de bail par un professionnel.

La rivière et ses berges devaient également faire l'objet d'un soin attentif. Le bailleur pouvait se réserver des droits et des privilèges. C'est ainsi que le meunier de Noisement avait au XVIIè siècle le droit de la "pesche de la mare et rivière dudit moulin".

Mais les obligations étaient aussi très nombreuses. Les plus importantes concernaient l'entretien du moulin et de la rivière, bien entendu. Le meunier était donc tenu d'habiter les lieux ou de faire habiter les lieux.

Les baux, surtout au XVIIè siècle, étaient payables majoritairement en argent, mais s'accompagnaient de redevances en nature, appelés suffrages, sans doute héritées du Moyen-Age. En 1640, on retrouve à Noisement la coutume du gâteau à livrer la veille des rois, et en 1654, l'obligation de fournir au seigneur un porc gras.

Le meunier, par ailleurs, ne se contentait pas de faire tourner le moulin. C'était aussi un paysan qui devait entretenir et mettre en valeur les terres et les prés qui en dépendaient, augmentés le plus souvent de ceux qu'il prenait en fermage pour son propre compte. C'est ainsi qu'en 1640, le receveur de la baronnie bailla à Martin Potemain, meunier à Chars, le moulin "appelé le moulin banal de Noisement, avec la maison, jardin et lieu plus un petit jardin ; item, jardin, chennevière, terres et prés entre le moulin à blé et le moulin à huile", plus d'autres terres.

A Noisement, en 1676, Catherine de Rouget, procuratrice de "très haut et très puissant seigneur François de Créquy", baillant pour neuf ans à François Lecomte, marchant laboureur au Bellay, "la maison, prés, aulnoyes et moulin à eau faisant de bled farine", lui accorda "la liberté de pescher dans ladite rivière jusque dans l'estendue et appartenances dudit moulin, se réservant néanmoins la dame de pescher dans ladite rivière".



 

 En juin 1694 meurt Anne Giroult, veuve du meunier Nicolas Harmand et mère de Pierre et Denis, laboureurs à Noisement. Un inventaire est dressé le 14 :

"Dans la maison : une crémaillère, un réchaud, une marmite avec son couvercle, deux moyens chaudrons, une poêle, un poêlon, une cuiller à pot de fer, quinze livres d'étain commun, deux méchantes huches de bois "non fermantes à clef", un tour de lit de toile, un lit de coutil (tissu en coton très serré), huit draps de toile d'étoupe (sous-produits du lin ou du chanvre), 12 chemises de toile d'étoupe tant à usage d'homme que de femme, 16 napperons de même étoffe, un fusil, une serpe, une faux, une bêche.

Dans la chambre au-dessus : un coffre en noyer, 3 chemises, un méchant drap.

Dans une autre chambre attenante : 1 coffre de noyer, 1 pièce de toile d'étoupe, 1 selle à cheval avec la bride, 3 quartiers d'orge et 3 de seigle, une méchante jupe violette et une chemise de femme, un muid à gueule bée, un rouet, un saloir, un vieux bois de lit.

Dans le grenier : 10 bottes de méchant regain.

Dans l'écurie : 3 chevaux de labour, 2 chevaux de poil rouge dont une cavale due à Pierre Quoniam plus 3 bidets noirs (156 livres en tout).

Dans l'étable à vaches : 3 vaches (80 livres), 18 poules, 4 coqs, 2 petits porcs.

Dans le moulin : un méchant (= sans valeur) lit de plume et un fusil.

Dans la grange : une échelle et un van.

Dans la bergerie : 35 brebis et agneaux.

Dans la cour : un fourgon, une charrue, une paire de roues, deux foufières, un cuvier.

Terres : 15 arpents en seigle, bis et méteil ; 6 en avoine et pois, 5 en orge, 10 labourés d'un labour et un de fumé."

 
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